DU MERCREDI 28 MAI (19 H) AU DIMANCHE 01 JUIN (18 H) 2003
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VLADIMIR JANKÉLÉVITCH : L'EMPREINTE DU PASSEUR
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DIRECTION : Jean-Marc ROUVIÈRE, Françoise SCHWAB
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ARGUMENT :
Vladimir Jankélévitch aurait eu cent ans en 2003. Professeur à la Sorbonne de 1951 à 1979, il a marqué de nombreuses générations d’étudiants par ses cours de morale et de métaphysique, mais aussi par sa personnalité chatoyante, fougueuse, et chaleureusement humaine.
Il n’a pas seulement écrit des livres aussi importants que Le Traité des vertus ou La mort, mais il a également introduit un regard neuf sur la musique des 19ème et 20ème siècles (avec, entre autres, des monographies sur Fauré, Ravel, Debussy).
Philosophe engagé, il fut de tous les combats de son siècle (Résistance, mémoire de l’indicible), joignant philosophie et histoire vécue, philosophie et politique (Mai 68, fidélité à Israël, lutte auprès des opprimés).
Dix-huit ans après sa mort, et alors que son œuvre est traduite dans de très nombreux pays, que des philosophes qui n’ont pas été ses élèves, se passionnent pour son œuvre, il nous a paru important de faire le point sur l’apport de sa personnalité et de ses œuvres autour de trois thèmes principaux : le philosophe, le musicien et le philosophe engagé.
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CALENDRIER DÉFINITIF :
Mercredi 28 mai
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS
Après le dîner:
Présentation du Centre, du colloque et des participants
Jeudi 29 mai
Matin:
Françoise SCHWAB: Quelques petites choses que je sais de lui...
Maurice de GANDILLAC: Souvenir d'un camarade
Philosophie 1
Pierre-Michel KLEIN: Jankélévitch et le mystère de la soudaineté
Jacqueline LAGRÉE: Le commentaire du traité sur la dialectique de Plotin
Après-midi:
Philosophie 2
Michèle LE DŒUFF: Jankélévitch et l'histoire de la philosophie
Isabelle de MONTMOLLIN: Jankélévitch et Chestov
Joëlle HANSEL: Jankélévitch et Lévinas
Soirée musicale:
Concert-conférence sur le thème "Musiques nocturnes" par Billy EIDI et Guy SACRE
Vendredi 30 mai
Matin:
Musique 1
Emmanuelle CORBEL: La culture musicale de Vladimir Jankélévitch
Jean-Michel NECTOUX: Portrait de Vladimir Jankélévitch en mélomane engagé
Francesco CORSINI: Mémoire et nostalgie
Après-midi:
Musique 2
Guy SACRE: Le soliste et le solitaire
Simone ZACCHINI: Le 'Logos' du silence: la philosophie de la musique de Vladimir Jankélévitch
Françoise SCHWAB: La temporalité enchantée
Soirée musicale:
Concert centré sur des œuvres peu connues de Liszt par Billy EIDI
Samedi 31 mai
Matin:
Engagements dans le siècle. Le passeur 1
Alain LE GUYADER: Jankélévitch et la question du droit
Jean-François REY: Engagement et valeurs : le sporadisme des valeurs
Après-midi:
Engagements dans le siècle. Le passeur 2
Alain DAVID: En finir avec l'Allemagne
Gérard HUBER: Jankélévitch et Israël
Serge HAJLBLUM: La méchanceté
Soirée cinéma:
Vladimir Jankélévitch, philosophe de la musique, film présenté par sa réalisatrice Anne IMBERT
Dimanche 1er juin
Matin:
Jean-Jacques LUBRINA: Vladimir Jankélévitch... l'homme
Frédéric WORMS: Bergson et Jankélévitch, la double audace
Lecture par Françoise SCHWAB d'extraits de contributions de Lucien Jerphagnon et Pierre Trotignon, ainsi que de lettres de Bergson à Vladimir Jankélévitch
Après-midi
DÉPART DES PARTICIPANTS
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RÉSUMÉS :
Emmanuelle CORBEL : La culture musicale de Vladimir Jankélévitch
Dans l'ensemble des écrits de Vladimir Jankélévitch sont citées des œuvres musicales. Il nous semblait donc nécessaire de faire le point sur les compositeurs et les œuvres concernés. Après avoir établi un catalogue, il apparaît une prédominance et une présence considérables de la musique française de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle et une mise en relief de ses goûts et préférences très marqués pour les compositeurs français, russes et espagnols. La musique française servira plus particulièrement d'exemple à cette démarche et permettra de souligner, chez ce philosophe-pianiste, l'écriture d'une page d'histoire de la musique de cette période.
Maurice de GANDILLAC: Souvenir d'un camarade
Après le souvenir d'un brillant exposé de Vladimir sur Plotin rue d'Ulm en 1925, dans la vétuste salle des Actes de l'Ecole ou je fis connaissance de mon jeune aîné, j'évoquerai nos rencontres de Pontigny et des débuts de Cerisy, qui le virent jeune père, nos participations communes à des congrès, notre collaboration à la faculté des lettres de la vieille Sorbonne, nos comportements en 68 et notre travail ensuite à l'université Paris-I, l'inoubliable atmosphère du quai aux Fleurs, où la musique tenait tant de place, le grand fond héllénique, la très solide culture russe, l'étonnant composé chez notre ami de la lucidité, de l'ironie et de la passion.
Serge HAJLBLUM : La méchanceté
Il accompagne le passant dans ce vœu de franchir et de témoigner pour un public, qu’un passage a bien eu lieu. Tout psychanalyste est passeur. En ce sens il accueille ce qui trouble les conforts de ses savoirs, des théories qui le guident. Alors, soutenir cette fonction de passeur, c’est aussi bien débusquer ce qui se tient rebelle, impertinent. V. Jankélévitch a crié une douleur hors toutes pertinences convenues. Alors comment entendre ce cri revenu en écho de toutes les bonnes consciences ? V. Jankélévitch nous en a, dès la Mauvaise Conscience, bien avant que les assassins n’ouvrent les camps du meurtre, ouvert le chemin par l’idée de la méchanceté. De méchanceté en douleur, j’essaierai de lire ce qui se trace, et qui serait, peut-être, lisible et audible par d’autres.
Gérard HUBER : Jankélévitch et Israël
"Fidélité à Israël" : telle est l'idée qui résume le mieux le lien que Vladimir Jankélévitch a entretenu avec l'Etat juif. On étudiera en quoi Israël est pour lui une "chose mentale" et un "Etat moral". Et l'on réfléchira aux implications de cet enseignement aujourd'hui.
Pierre-Michel KLEIN : Jankélévitch et le mystère de la soudaineté
"L'idée de l'Absolument-autre et l'idée de l'instant soudain ne sont qu'une seule et même idée" (Philosophie première, p.57). La philosophie du "presque" n'a jamais cessé de décliner cette mystérieuse identité: que le "surnaturel" ou le "métaphysique" se donnent ici et maintenant, simplement, dans la fulgurance de l'instant. Instant créatif dans l'action, instant de sincérité d'une intention, de pureté d'une innocence, de l'occasion d'une brève rencontre, des notes "scintillantes" d'une mélodie de Debussy... Et aussi dans la soudaineté mystérieuse du "Penant" de la mort, à l'instant de la mort. En ce Pendant soudain se trouve l'intuition première et interminable de la philosophie de Jankélévitch. Peut-être même ce Pendant était-il la clé "simple" qui, après avoir clos son livre sur la mort, aurait ouvert le livre sur le temps qu'avant de partir, il projetait d'écrire...
Bibliographie :
Perpétuels augures. Préface de Vladimir Jankélévitch. Ed. de la Grisière, Paris 1970
Jankélévitch et le temps. In Presse Bac Hachette, janvier 1989
De l'indignation. In "L'honneur". Ed. Autrement, Paris 1992
Jankélévitch. Article de "l'Encyclopédie Philosophique Universelle". Ed. des Presses Universitaires de France, Paris 1992
La philosophie morale de Vladimir Jankélévitch.Article du "Dictionnaire de philosophie morale". Ed. des Presses Universitaires de France, Paris 1996
Le philosophe et sa mort. In "Lignes". Ed. Hazan, mai 1996
Jacqueline LAGRÉE : Le commentaire du traité sur la dialectique de Plotin
En 1924, Vladimir Jankélévitch rédige sous la direction d’Emile Bréhier, un mémoire de maîtrise qui est un commentaire du traité I, 3 Sur la dialectique,des Ennéades de Plotin. Pendant 50 ans, de 1924 à 1974, la lecture de Plotin accompagnera et nourrira la pensée de Jankélévitch. Ma communication présentera les conditions de la publication de ce travail resté inédit du vivant de son auteur, aux éditions du Cerf en 1998, et tentera de dégager son intérêt toujours actuel à la fois pour comprendre Plotin et pour mieux cerner des traits pérennes de la réflexion de Jankélévitch.
Bibliographie :
Plotin EnnéadesI, 3 par Vladimir Jankélévitch, Cerf, 1998
Alain LE GUYADER : Jankélévitch et la question du droit
Il me semble qu'on n'a pas prêté une grande attention à la philosophie du droit de Vladimir Jankélévitch. Pourtant sa philosophie morale comprend une "Théorie de la justice", explicitement nommée comme telle. C'est en effet le sous-titre d'un chapitre du "Traité des vertus", intituté: "De la justice à l'équité". Par la place qu'il occupe, au centre de ce livre majeur, il apparaît comme un moment nodal du mouvement de déploiement de la conscience morale. Mais l'intérêt de cette philosophie du droit s'accroît du fait qu'il y revient au dernier chapitre de son livre testamentaire, "Le paradoxe de la morale", intitulé pour sa part: "Les complots de la conscience. Comment préserver l'innocence". Ainsi au terme de l'ouvrage où se rassemble et se concentre sa pensée morale, poussée à l'extrême de sa quintessence, resurgit la question du droit dans son rapport à la morale. C'est dire son importance pour accéder à l'irréductible de la conscience morale. Mais en même temps achève de se préciser la spécificité du droit, son sens et ses limites, comme forme du rapport à l'Autre qui nous ouvre, sans l'épuiser, à sa reconnaissance. Se révèle du même coup ce qu'on pourrait nommer "le paradoxe du droit". Par là Jankélévitch anticipe et rejoint une préoccupation axiale de la philosophie et du mode contemporains, où se vérifie encore une fois l'actualité intempestive de ce penseur incommode.
Jean-Jacques LUBRINA : Vladimir Jankélévitch...l'homme
" qui a construit avec toutes les dissonances la plus belle des harmonies " parce que qu'il aimantait dans une curieuse convergence des publics très différents. Il était le contraire d'un hypnotiseur. Dans son auditoire varié se croisaient et s'entrechoquaient les réflexions des peintres, des musiciens, des étudiants en thèse comme des lycées d'Henri IV ou de Louis le Grand qui séchaient avec panache les cours de leur "bahut", ainsi que les classes de lycéens qui, en fin d'année, avaient pris l'habitude d'envahir ses cours. Un espace où chacun avait sa place ; car, comme Socrate, il était un éveilleur créant un espace de liberté qui faisait appel aux autres. Ce "chasseur d'étoiles filantes" qui nous apprenait qu'on se tait autrement en italien qu'en anglais aura été un guide de la pensée développant à sa manière une attitude et une action humanitaire.
Isabelle de MONTMOLLIN : Jankélévitch et Chestov
Chestov se situe dans une lignée de penseurs qui, de Shakespeare à Dostoïevski, en passant par Nietzsche, surent prendre la mesure de nos dérives. Contrairement, toutefois, à la conséquznce nihiliste que l'on en put déduire,Chestov donne à pressentir un grand "possible" étouffé — dont Jankélévitch, philosophe du je-ne-sais-quoi, sut écouter les harmoniques de "vraie vie".
Jean-Michel NECTOUX : Portrait de Vladimir Jankélévitch en mélomane engagé
Si la musique a joué un rôle essentiel dans la vie comme dans l’œuvre de V. Jankélévitch, ses choix étaient à la fois très personnels et hautement significatifs. Les ouvrages qu’il a consacrés à Debussy, Fauré, Ravel, ses essais sur Liszt, Chopin, Satie, pour ne citer que ceux-là, définissent une claire orientation vers le XIXe et la première moitié du XXe siècle en France et en Europe centrale ; une lecture de ses écrits permettent de préciser les goûts personnels du philosophe, mais ceux-ci peuvent être mieux définis par l’analyse de sa considérable bibliothèque de partitions du Quai aux fleurs, fondement de sa réflexion mais aussi de sa pratique musicale de pianiste-déchiffreur hors-pair. L’inventaire qui vient d’en être dressé permet de mieux en connaître les contours et d’esquisser les liens étroits entre sa pratique musicale, ses écrits, les grand épisodes de sa vie et ses idées politiques, tant il est vrai que le philosophe peut être défini comme un " mélomane engagé ".
Jean-François REY : Engagement et valeurs : le sporadisme des valeurs
On construira la problématique engagement/valeurs à partir d’une lecture croisée de Max Scheller, de Levinas et de Jankélévitch. On mettra en évidence la nature paradoxale du sporadisme des valeurs et ses conséquences sur l’engagement. Le corpus des œuvres de Jankélévitch que nous utiliserons est le suivant :Le mal,L’austérité et vie morale,Le pur et l’impur,Quelque part dans l’inachevé,Le paradoxe de la morale.
Guy SACRE : Le soliste et le solitaire
Jankélévitch a aimé la virtuosité jaillissante, ébouriffante, les pages aux portées noircies de signes, les splendeurs de l’Iberia d’Albéniz, qui jette les notes par les fenêtres avec une insouciance de prodigue,les diableries des Transcendantes de Liszt et de Liapounov, ou des Études de Roger-Ducasse, folles gageures qui reculent les bornes du possible, ces musiques de l’abondance, de la surenchère, de la prolifération, dont si souvent son style inimitable nous donne un équivalent, presque un calque. Mais il a chéri tout autant les musiques de la raréfaction, de la continence, celles où le charme procède de biais, où la délectation passe par l’aridité : le dépouillement du dernier Fauré, qui remplace les doubles croches et les tons surchargés de dièses et de bémols par les blanches candides et l’humble et quotidien do majeur, l’ascèse gymnopédique (c’est-à-dire nue, libre de tout artifice vestimentaire) de Satie, tout juste bonne à quelques frileuses « avant-dernières pensées », les soliloques de la Musica callada de Mompou, où la musique se fait solitude sonore, autrement dit silence. Ce paradoxe nous interroge, dérange nos catégories toutes faites, bouscule nos choix paresseux, nos hâtives et stériles certitudes.
Simone ZACCHINI : Le 'Logos' du silence: la philosophie de la musique de Vladimir Jankélévitch
Pour parler de la philosophie de la musique de Vladimir Jankélévitch nous devons considérer attentivement sa philosophie première. Il y a donc la nécessité de vérifier les résultats de l’ontologie jankélévitchienne, c’est-à-dire sa critique à la dichotomie classique être-apparence, au ‘logos’ rationnel. À partir de ce milieu philosophique, Jankélévitch parle d’un être ineffable et inexprimable, d’un ‘logos’ silencieux. Seulement la musique peut exprimer l’inexprimable : elle est le ‘logos’ du Silence.
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Dernière mise à jour : 04/06/03